Un cambriolage ne nous laisse pas indemne

Étendue sur mon lit et prête pour dormir, le lendemain de la Saint Juan, je regarde ma porte-fenêtre ouverte et je pense à mon amie G qui la veille, avait subi un cambriolage en journée. Elle s’était rendu compte des dégâts le soir en rentrant du travail. Je tentais de penser à ce qu’elle avait dû ressentir en voyant son appartement en vrac : angoisse qu’il y ait encore quelqu’un ? Peur d’avoir perdu des objets de valeur ? Stressée de ne plus posséder certains souvenirs offerts ? Colère d’être dans cette situation ? ….

Ceci n’était que supposition, car je ne l’avais pas vu et ses explications s’étaient limitées à des messages.

Je regarde de nouveaux mes fenêtres ouvertes et décide que ce soir, je ne les fermerais pas : ayant 5 invités à la maison qui occupent toutes les pièces plus ma chambre et celles de loulous, je me dis : dors tranquille, tu ne risques rien… 

J’aurais dû écouter ma petite voix intérieure qui me disait de fermer cette satanée fenêtre !

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À la recherche d’empreinte digitale

 

 

Vers 5h du matin, sentant une présence à mes côtés, je me réveille. Très vite, je me rends compte que ce n’est pas pour la 3º fois mon loulou qui par la chaleur n’arrive pas à dormir et viens me demander un peu d’eau, sinon un visage inconnu à quelques centimètres du mien.

 

Nous réagissons tous de manière différente face à l’effraction :

Malheureusement, ce n’est pas la première fois que je me retrouve dans une situation d’agression et il semblerait que j’ai un instinct de survie qui me pousse à attaquer pour me défendre. Mon premier réflexe a été de le pousser pour pouvoir, me redresser et l’attraper pour le neutraliser. Je suis de nature assez craintive et j’irais même jusqu’à dire peureuse, mais à ce moment-là, je n’ai pas mesuré l’inconscience de mon attitude. La seule chose que je voulais était protéger ce qui m’appartenait et lui montrer que j’étais un adversaire de poids.

 

Les faits:

Il est clair qu’il ne voulait pas me faire de mal physiquement, il ne cherchait qu’à voler les objets électroniques et de valeur, mais je n’avais pas conscience de cela. Il a pris l’escampette par le balcon et il a raté sa sortie. Me précipitant également vers l’endroit de la fuite, je l’ai vu étalé au sol, comme une marionnette avec les jambes qui semblaient ne pas être dans le bon sens. Je suis restée sous le choc quelques secondes, mais la colère a vite repris le dessus quand je l’ai vu bouger. Depuis le balcon, j’ai vu sur le trottoir mon mac enroulé dans la couverture qui était dans la chambre de mes loulous. Je n’étais plus en colère, j’étais furieuse et hors de moi : il était hors de question que quelqu’un touche à mes enfants.

J’ai pensé à lui jeter un objet lourd pour l’assommer et être sûre qu’il ne bougerait pas le temps que mon mari descende. Et puis je me suis repris, de peur de ne justement pas le louper.

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En fin de compte, nous avons eu de la chance :

Même si nous n’avons pas pu tout récupérer, il ne s’agit au fond que de la perte d’objets matériels. Malgré nos efforts, l’homme et sa bande organisée qui l’attendait en bas, en cas de problème, ont pu s’échapper.

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la fuite

 

Prise de conscience et assimilation du processus :

Durant les premières heures qui ont suivi le cambriolage, je ne comprenais pas pourquoi mon entourage me demandait sans cesse comment j’allais : j’allais bien ! Juste frustrée de ne pas avoir été capable de l’arrêter. J’étais épuisée, les 3h de soleil étaient loin d’être satisfaisantes, mais je me sentais assez réveiller pour aller à la police et faire les premières démarches administratives. C’était comme si une batterie au fond de moi, me donnait les watts nécessaires pour continuer ma routine avec les enfants réveillés. Je pensais que je contrôlais bien la situation.

Étrangement, la nervosité ne s’est installée qu’après la sieste de l’après-midi. Au réveil, mon estomac était noué et je ne comprenais pas pourquoi. J’avais une sensation de lenteur et les nombreux cafés que j’avalais n’y faisaient rien pour changer la donne.

Une fois les enfants couchés, j’ai enfin pris conscience de ce qui s’était passé : un fumier avait pris la liberté de rentrer chez moi. Il avait visité chaque pièce de ma maison. Il nous avait tous vu dormir (incluant mes enfants, ce petit salopard). Il avait choisi ce qu’il voulait prendre comme s’il était dans un super marché, comme si c’était normal. Il a agi comme si mes enfants, ma famille, mon espace, mon chez-moi, étaient à lui et qu’il pouvait en disposer comme il le souhaitait.

Depuis, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je ferme les yeux et voix sa tête et je l’entends de nouveau me dire : tranquille, rendors-toi, je ne fais que passer et je m’en vais. J’ai du mal à trouver une position confortable pour dormir, car je dois être prête pour s’il revient. Mon rouleau à pâtisserie ne semble pas menaçant, mais si je dois l’utiliser, je le ferais sans hésiter. Une de mes amies (présente dans la maison lors de l’intrusion) ne comprend pas ma haine. Je ne lui en veux pas, ce n’est pas elle qui s’est réveillée avec un visage étranger face au sien à 5h du matin.

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Etat de stress, après un cambriolage :

Lorsque les gens me parlaient d’une sensation de viol, je ne comprenais pas. À présent, je sais qu’il se réfère à une violence émotionnelle. Il a forcé mon intimité et je n’ai pas eu mon mot à dire. Il m’a pris mes rêves paisibles et ma tranquillité.

Il va me falloir du temps pour retrouver cette confiance et cette aisance à déambuler dans ce que j’aime appeler mon “palace”.

Encore une fois, je confirme que même si on est très emphatique, on ne comprend une situation que lorsqu’on l’a vécu. Peut-être que si les voleurs savaient ce que cela faisait, ils ne l’infligeraient à personne.

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leti
contact@amicalementvotresite.com
  • Oh ma pauvre, je n’ose imaginer ce que tu as dû ressentir. Imaginer des inconnus chez moi pendant que je dors me fait froid dans le dos ? Tu es très courageuse, moi je pense que j’aurais été paralysée par la peur. Je te souhaite beaucoup de courage pour surmonter tout ça

  • A vrai dire, ton récit (très bien raconté au passage) m’a beaucoup touché. Je comprend totalement ta haine et la sensation de viol de ton intimité. J’ai eu l’occasion d’en ressentir un minimum lorsqu’on a cambriolé ma voiture. Alors oui, ce n’est rien comparé à ce que tu as vécu, mais je trouve que tu as été très brave et très réfléchis. Ta petite phrase finale est résume très bien ton histoire. C’est avec des expériences (bonnes ou moins bonnes) que l’on avance et que l’on se forge, alors courage!

    • Même si pour le moment la colère et la crainte sont presentes, mais je me connais , je sais que cela va me passer. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort 🙂

  • Bravo pour ta réaction, certes instinctive, mais très courageuse ! Je ne sais pas du tout comment je réagirais dans la même situation… J’espère que tes loulous n’ont pas été impactés. Et maintenant patience pour réussir à surmonter cette épreuve. Un beso <3

  • « J’étais épuisée, les 3h de soleil » … 3h de sommeil plutôt 😉
    en tous cas bravo pour ton courage et ton bon sens !

  • C’est effectivement une expérience dont on ne sort pas indemne et c’est certain, c’est uniquement lorsqu’un événement nous arrive qu’on prend conscience de sa portée. En tout cas, je t’ai trouvé très courageuse et c’est aussi important que tes enfants aient été préservés. Instinct de survie et instinct de maman. Retrouver confiance et sérénité nécessite du temps mais de ce que j’ai lu à travers tes mots, tu les retrouveras sans aucun doute.

    • leti

      merci Alina, oui je commence déjà à voir la différence avec les premières nuits mémé si à présent, je lutte avec mon mari pour garder tout fermé, il n’est pas habitué et a un peu de mal mais comprend très bien la situation. Comme tu dis, par chance, les loulous ne se sont rendu compte de rien.